Diagnostiquer les causes de résultats insuffisants
Réussir sa scolarité est une préoccupation commune à de nombreux élèves, même s’ils n’osent pas toujours l’avouer, même si leur comportement démontre parfois le contraire. En réalité, un élève est avant tout un adolescent qui n’a pas pour seule fonction de poursuivre des études. Aussi, les facteurs qui peuvent perturber une scolarité potentiellement prometteuse sont variés. Il convient d’y être très attentif.
Le manque de maturité.
Certains adolescents sont en retrait dans leur processus d’autonomisation. Parce que trop choyés, ils ne sont pas confrontés au risque et sont renforcés dans leur quête de sécurité. Parce qu’il ne peut pas (ou ne veut pas) se prendre en charge, l’adolescent ne peut se valoriser aux yeux de ses camarades, donc à ses propres yeux. Peu enclin à prendre des responsabilités, il se complaît souvent dans le jeu et les loisirs, pas dans les études. Le manque de maturité intellectuelle (qui n’a rien à voir avec l’intelligence) est un autre aspect du problème. En effet, les élèves manquant de maturité intellectuelle ne pourront intégrer des éléments prévus au programme, ceux-ci venant trop tôt dans leur processus de maturation.
Les problèmes affectifs et relationnels
Il faut aborder ces problèmes avec le plus grand sérieux. Les déceptions sentimentales (relations amicales ou amoureuses) chez les adolescents sont trop souvent négligées. Or les adolescents sont tous « hyper-affectifs ». Un adulte aura tendance à juger mineures ces déceptions parce qu’il en a surmontées lui-même ! En se basant sur sa propre expérience, il en vient à oublier que les adolescents n’ont pas encore fait la leur. Les problèmes relationnels au sein de la famille sont également une cause de résultats insuffisants.
L’excès de jeux vidéo, de télévision, de sorties
Les jeux vidéo, la télévision et les sorties ne sont pas nocifs –ils sont même bénéfiques-, lorsqu’ils sont « consommés avec modération ». La consommation immodérée de loisirs se pratique au détriment des études. Les jeux vidéo sont hautement addictifs et laissent l’adolescent dans un état d’insatisfaction permanente. Tout joueur a le sentiment de ne pas jouer assez. Outre l’attrait intrinsèque de ce loisir, le problème semble se situer ailleurs. En effet, les joueurs les plus assidus s’adonnent à ce loisir pour soigner un mal-être, pour combler un manque, comme le déficit d’image. En effet, les jeux vidéo valorisent le joueur parce qu’ils sont conçus pour lui permettre de réussir.
Le « chat » et le portable
Les adolescents utilisent beaucoup Internet pour « chatter », or cette pratique, sans la surveillance d’un adulte, peut se révéler véritablement dangereuse. En effet, les adolescents sont par nature aisément influençables et peuvent être manipulés par leurs correspondants numériques ; certains adultes se font même passer pour des adolescents. Il convient donc de ne pas laisser un adolescent « surfer » seul, et se dire qu’en matière d’informatique, la sécurité n’est jamais garantie, malgré toutes les publicités sur la protection des données et les logiciels de contrôle parental. Le portable, et surtout les SMS envoyés discrètement pendant un cours nuisent aussi à la concentration.
La déprime, la lassitude, et l’absence d’objectifs
Ces facteurs peuvent conduire à la paresse, la paresse n’étant la plupart du temps qu’une conséquence et non un état naturel, constant et définitif. Il convient donc de stimuler l’adolescent en lui faisant prendre conscience de l’état temporaire et transitoire de son état (l’adolescence), de lui expliquer habilement le bien-fondé des études, de lui donner le goût d’apprendre. Les discours destinés à prouver que les études conduisent à l’exercice d’une profession ne fonctionnent qu’assez rarement dans ces cas-là. En effet, le temps s’écoule moins vite pour un adolescent que pour un adulte, et « demain paraît loin ». Il faudrait au contraire prouver qu’étudier c’est choisir et être libre. Ce sont des discours qui ont de l’écho car ils s’intègrent dans les valeurs adolescentes (choix et liberté, donc absence de contraintes).
L’absence d’une bonne méthode de travail et d’attention en classe
Parfois le problème à l’origine des mauvais résultats est très mineur. Un élève brouillon se perdra dans ses cours et ne pourra acquérir une bonne méthode de travail sans une aide extérieure. Désorganisation et inattention sont autant d’obstacles à la réussite scolaire.
La répétition de mauvais résultats qui entraîne le rejet de la matière
La répétition de mauvais résultats dans une ou plusieurs matières peut entraîner un rejet. L’élève en vient à se décourager alors même qu’il a l’impression de fournir les efforts nécessaires à l’obtention d’un résultat convenable.
L’image négative de soi
Parfois on ne se trouve pas assez beau, intelligent ou aimé. L’image de soi se dégrade alors, et on en vient à projeter cette image sur les autres, qui à leur tour nous la renvoient amplifiée. Et on finit par se complaire dans ce rôle. Arrivent alors les mauvais résultats. Il faut donc toujours valoriser son enfant, lui renvoyer une image positive de lui-même. Cette image est un moteur important d’action et de réussite, quel que soit l’âge. Stigmatiser l’échec n’est que rarement positif.
Des bases non assimilées
Pour une raison ou une autre, les bases d’une matière n’ont pas été assimilées, ce qui gêne la progression dans ladite matière comme dans une matière connexe. Il faut donc agir au plus vite, et surtout ne pas croire que des lacunes non comblées en troisième n’auront aucune incidence en terminale, sous prétexte que le programme est différent.
L’inadaptation à l’enseignement suivi
Il se peut qu’un élève soit inadapté à l’enseignement qu’il suit. Penser à une réorientation peut être utile.
La peur de ne pas être à la hauteur de ses parents
Les élèves qui ont une image sublimée de leurs parents, d’un frère ou d’une soeur, surtout quand ceux-ci exercent une fonction socialement reconnue ou poursuivent de brillantes études, peuvent être paralysés par la peur de ne pas pouvoir les égaler, d’autant plus que les attentes sont souvent importantes. Cette peur est contre-productive. Il appartient alors aux parents d’expliquer que leur situation est le fruit d’une expérience faite de travail, de succès, mais aussi d’échecs.
La peur de dépasser ses parents
Cela peut paraître surprenant, mais l’expérience prouve que des élèves ne souhaitent pas dépasser socialement leurs parents, ne désirent pas acquérir plus de savoir qu’eux. En effet, le respect qu’ils vouent à leurs parents, comme l’image qu’ils ont de ces derniers, s’en trouveraient amoindries.
La maîtrise imparfaite du français
Il s’agit là d’un problème très important qui aura des répercussions conséquentes dans un avenir assez proche. Les élèves, aussi bien que les étudiants (y compris les bac +4), ne maîtrisent qu’imparfaitement le français. Les lacunes constatées sont parfois même déroutantes ! Or, il est impossible de progresser lorsqu’on ne maîtrise pas le français (voir le chapitre « apprendre »).
Les troubles sensoriels
Il faut régulièrement vérifier le bon fonctionnement des sens (vue, ouïe, etc.). En effet, les troubles sensoriels nuisent à l’acquisition et à la mémorisation du Savoir. S’ils ne sont pas dépistés suffisamment tôt, ils peuvent même conduire à l’isolement progressif de l’adolescent.
Dans tous les cas, quelles que soient les difficultés, les parents doivent instaurer un dialogue constructif avec leurs enfants, non culpabilisant, non conflictuel, et minimiser les échecs. Une situation initiale jugée inquiétante peut aboutir à une situation finale heureuse. L’optimisme doit être la norme car d’une part tout retard peut se rattraper, d’autre part, l’adolescence -et les problèmes qu’il génère pour les parents-, n’est pas un état définitif.
Rappelons également que la différence entre le monde des adolescents et celui des adultes est très important. Le discours des adultes est celui de la mise en garde. « Si tu n’as pas ton bac, tu n’auras pas de métier » entend-on très souvent. Ajoutons à cela le discours véhiculé par les médias –celui de la peur (attentats, chômage, accidents, etc.)-, et nous pourrons aisément conclure que le monde des adultes n’a rien de positif à offrir. Pourquoi les adolescents voudraient-ils dans ce cas quitter leur univers quand les responsabilités sont assumées par leurs parents ? Seul un discours largement optimiste pourra inciter ces adolescents à partager progressivement les valeurs des adultes.
Si cette liste présente quelques causes de résultats insuffisants, elle n’en est pas moins incomplète, et ne peut prétendre cerner tous les problèmes (alcool et drogue, par exemple).
De même, si les élèves ne sont pas tous égaux devant l’acquisition du Savoir, ils sont tous capables de progresser. Le système scolaire qui prévaut dans le Secondaire (collège, lycée) a pour objectif avoué de conduire 80% d’une classe d’âge au baccalauréat. C’est à dire que tout est fait pour que 80% d’une classe d’âge obtienne ce fameux sésame.
Si l’on part du postulat que non seulement tout retard peut se rattraper, mais aussi que tout élève est capable de progresser, cela ne peut s’accomplir sans stratégie de réussite.
Par Pascal Roulois
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